C'est en
regardant et en lisant la presse officielle que l'on saisit notre forte position
pro-occidentale concernant cette nouvelle guerre entre la Géorgie, l'Ossétie du
Sud et la Russie. Normal
me direz-vous, mais il est cependant dangereux de se limiter à de telles
considérations si l'on prend le temps d'approfondir quelques peu ce sujet. Il
semblerait bien que la situation soit bien plus alambiqué qu'elle n'y paraît,
et que l'UE doit s'y aventurer avec de grosses pincettes sous peine de se voir mettre
le feu aux poudres.
Entre une
Russie à l'image d'une dictature « moderne » à qui on lèche les burnes
pour son énergie, le gaz, et une Europe à la botte de Washington qui va tendre
à jouer le rôle de l'élu sur le terrain de la diplomatie internationale, il se
pourrait bien que la situation du Sud Caucase ne soit pas une mince affaire et
qui à contrario des affirmations de Monsieur Kouschner, est loin de se limiter
à des intérêts insignifiants pour la Russie, le bougre.
Voici donc
un récapitulatif succinct, mais me semble t'il intéressant pour mieux
comprendre la situation dans laquelle nous « allons » maintenant entrer, alors qu'en attendant sur les champs de bataille, soyez en convaincu, la guerre,
elle, procure encore son lot d'horreur.
1/ Les
racines du mal
Suite à
l'effondrement de l'Union Soviétique, l'Ossétie du Sud a déclaré son
indépendance de la Géorgie au début des années 90, alors que ni la Géorgie, ni
la communauté internationale n'ont reconnu cette sécession comme légitime. La
Russie, quant à elle, s'est montrée compréhensive ; tellement que la
plupart des Ossètes du Sud ont désormais un passeport Russe...
Continuons...
En 1994, l'Ossétie du Sud profite de la faiblesse du nouvel Etat géorgien créé
en 1991 après la dislocation de l'Union soviétique et proclame seul son
indépendance. Elle se rapproche de l'Ossétie du Nord, une des Républiques de la
Fédération de Russie, avec laquelle elle a une frontière, une culture et des
relations économiques communes. Depuis le retour d'un pouvoir nationaliste à
Tbilissi en 2004, l'Ossétie-du-Sud est un enjeu politique entre le président
géorgien pro-occidental / pro-américain Mikheil Saakachvili qui souhaite la
réintégration des régions sécessionnistes au sein du territoire de la Géorgie
et les indépendantistes ossètes, qui souhaitent une indépendance complète. La
Russie, quant à elle, fait la sourde oreille sur la situation.
Egalement,
lors de la déclaration d'indépendance du Kosovo et l'inclusion de la Géorgie au
sein de l'OTAN, il semblerait que les tensions soient montées d'un cran. La
Russie a commencé à faire pression en Ossétie du Sud, et dans une autre
province séparatiste, l'Abkhazie. L'Ossétie du Sud s'est sentie alors prête à
réaffirmer son désir de reconnaissance internationale. Comme la porte-parole du
leader séparatiste Eduard Kokoity l'avait affirmé à l'époque : « Le
président kosovar nous a conduit à revendiquer plus activement nos
droits ». L'Ossétie du Sud est à l'image du Kosovo où 99% des Ossétiens
désirent l'indépendance - suivant leur « référendum » - Cependant,
les questions géopolitiques pro russe Vs pro occidentale forcent à croire que seule
la Géorgie ou la Russie aura la main mise sur ce territoire dans un futur
proche, d'autant plus, sachant que l'OTAN a quasiment promis il y a quelques
mois à la Géorgie son adhésion à l'OTAN lors du sommet de Bucarest.
Alors que
le désir d'indépendance de l'Ossétie du Sud aurait
poussé la Géorgie à imposer son contrôle, il va de facto que cette guerre
dépasse de loin ces frontières en mettant en jeu dangereusement la qualité
future des relations internationales entre le bloc euro-Atlantique et la
Russie.
2 / Aparté :
Géorgie, une élection présidentielle controversée
Tout
d'abord, comme Mubutu et Khadafi pour ne citer qu'eux, le président pro-américain
Saakachvili est arrivé au pouvoir suite à un coup d'état. Suivant diverses
sources, Saakachvili s'accroche au pouvoir avant les élections avec la
détermination d'un dictateur. Le 7 novembre 2007, une manifestation de l'opposition
géorgienne qui scande « Saakachvili est un dictateur » est violemment
réprimée par le pouvoir. L'administration géorgienne fait le choix de la dureté
notamment, en fermant les médias d'opposition, avec des violences policières
peu communes et la promulgation de l'état d'urgence. Le 8 novembre, Saakachvili
instaure des élections présidentielles anticipées alors qu'il jouit de tout
pour être réélu - suivant ce qu'entraîne l'état d'urgence - Les chaînes privées
opposées au pouvoir sont coupées d'antenne alors que les médias du pouvoir
émettent constamment. Il semblerait également que le parti de Saakachvili (Le
Mouvement National) serait majoritairement financé par les fondations Ford et
Rockfeller, soyons bref, la CIA donc.
La
campagne présidentielle ne se déroule donc pas dans les « meilleurs
conditions » et emporte le leader de l'opposition, Lewan Gatchetchiladzé
sur un terrain miné.
Lors des
élections du 6 janvier 2008,
l'administration géorgienne déclare que le président
sortant Saakachvili est réellu avec plus de 50% des voix, et ceux, dès le premier
tour. Saakachivili est proclamé président le 8 janvier 2008 avec le soutien de
l'UE et des U.S.A qui considèrent ce scrutin de démocratique et légitime. La
voix de la Russie indique quant à elle, une élection irrégulière et
anti-démocratique. D'autres sources rapportent que ces élections auraient
également été truquées ; beaucoup cite le blog d'une observatrice
estonienne, Evelyn Sepp : « Juste
après l'élection, ça a été la
folie. Quand les bureaux de vote ont été fermés, plusieurs
personnes un peu bizarres sont arrivées, dont des policiers. Elles étaient là
lors du décompte des bulletins. J'ai pu constater que des membres de la
commission électorale ont signé les documents de validation des résultats avant
même que le dépouillement soit terminé. A la fin, les résultats ont été les
suivants : sur 1981 votants, 1693 avaient voté pour Saakashvili, alors que les
autres candidats ne récoltaient que 118 voix. » Sur son blog, un internaute
écrit : « Il y a certainement eu des falsifications, mais à moins
grande échelle qu'en Russie. La victoire de Saakashvili est claire, mais il est
difficile de dire maintenant si un deuxième vote aurait été nécessaire. Je
pense qu'au total il y a eu entre 1 et 5% de votes falsifiés, voire plus (dans
40 bureaux de vote sur 3700). »
3 / Le
début de la guerre puis intro à la vraie guerre
La semaine du 5 juillet
2008 fût certainement la genèse de cette nouvelle guerre où diverses explosions
non revendiqués ont eu lieu en Abkhazie, la province séparatiste de l'Ouest.
Ensuite, une attaque a eu lieu contre le chef du gouvernement en
exil (pro-géorgien) de l'autre région séparatiste, l'Ossétie du sud. Puis
pour finir, la Géorgie a répondu à ces attaques par des tirs de
mortier sur Tskhinvali, la "capitale" de l'Ossétie pro-russe.
Entre le 7 et le 8 août
2008, la grande cavalcade débute mais la guerre des images et des communiqués
fait que les informations ramassées restent peu claires tandis que chaque
partie se renvoi la
balle. La Russie affirme que la Géorgie a initié une première
opération militaire massive pour prendre l'Ossétie du Sud tandis que la Géorgie
affirme que les soldats géorgiens du maintien de la paix avaient été contraints
de riposter à la suite de bombardement de villages géorgiens par les
séparatistes ossètes...
Au terme de ces premières
attaques, la
capitale Tskhinvali d'Ossétie du Sud est encerclée et
pilonnée alors que des casques bleus russes agissant dans le cadre de sa
mission de paix et conformément au mandat délivré par la communauté
internationale se trouvent sur place. La Russie entre de fait en guerre contre
la Géorgie.
La réponse
militaire de la Russie ne s'est pas fait attendre, jusqu'à outre passer de loin
les limites des frontières de l'Ossétie du Sud, provoquant une réaction
guerrière en chaîne malgré l'appel au retour au calme de la communauté
internationale.
D'autres
sources rapportent que les Géorgiens sont convaincus que la Russie procède à
une annexion rampante des deux régions ; l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie
dont la plupart des habitants sont désormais russes (les passeports...).
Pour
défendre « ses compatriotes » et ces casques bleus, la Russie a
déplacé un nombre important d'artillerie lourde en Ossétie du Sud et du Nord, en
Abkhazie et en mer noire. Elle a bombardé des cibles en Géorgie même, comme le port géorgien de Poti sur la mer noire qui fait l'objet d'un blocus maritime russe. Compte tenu de ses
évènements, le parlement Géorgien à déclaré le samedi 9 août l'état de guerre
et la loi martiale pour une durée de 15 jours.
4 / Les réactions « fortes » de l'Europe et de Washington
La Pologne fût la
première à donner le ton, avec l'intervention du chef de la diplomatie Radoslaw
Sikorski qui s'adressant au Président de l'UE, Nicola
Sarkosy, demande un sommet européen extraordinaire sur la Géorgie et considère
que l'UE doit revoir ses relations avec la Russie. " L'intégralité territoriale de la Géorgie est
actuellement violée à une échelle énorme. Il y a des bombardements, les civils
meurent, des forces armées étrangères se trouvent sur le territoire de la
Géorgie ".
Le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, indique
lui : "
Nous avons des raisons de nous
rappeler comment Hitler, il y a un peu plus d'un demi-siècle, a utilisé une
telle doctrine pour saper et attaquer des zones considérables d'Europe centrale ".
Lors
de son passage au J.O, George.W.Bush a affirmé : « La Géorgie est un
pays souverain et son intégrité territoriale doit être respectée ».
Lorsque l'on connaît la manière dont les Etats-Unis respecte la souveraineté de
certains pays (Irak, Ex-Yougoslavie...), cette affirmation sonne assez
bizarrement. Egalement de la
Maison Blanche : « Si les attaques ne cessent pas
rapidement, nos relations pourraient être affectées de manière
importantes »
A
savoir si ces interventions orienteront ou non les débats futurs, c'est une
autre question..
5 / Le
test d'un nouvel ordre mondial ?
Les
semaines à venir vont démontrer au monde si Washington ou Moscou sont prêt à
faire évoluer cette guerre en une crise internationale majeure. Une nouvelle
guerre froide se prépare peut-être sous le couperet de questions géopolitiques
et geostratégiques du Sud Caucase.
Le pouvoir
russe est en tout les cas clairement intéressé à pousser le président géorgien
à la faute, notamment à cause de la candidature de la Géorgie à l'OTAN. En
décembre prochain, cette dernière doit être à nouveau étudiée par l'Alliance
Atlantique, mais la France et l'Allemagne affirment que l'alternative d'une intégration
à l'OTAN n'est envisageable que si l'ensemble des conflits intérieurs sont
réglés. Moscou ne veut absolument pas que la Géorgie entre dans l'Alliance
euro-Atlantique. La Russie multiplie donc les provocations depuis cette année.
Mais voilà, il semblerait que la Géorgie veuille profiter des provocations
russes pour reprendre l'Ossétie en profitant de leur candidature à l'OTAN. En
effet, suivant ces évènements, leur candidature sera forcément repoussée en
décembre prochain et certaines sources affirment que le lobby pro-guerre de la
Géorgie doit profiter de son principal soutien international (George Bush)
avant qu'il ne quitte la scène politique. Il pense que la Maison Blanche et
les 2 candidats à l'élection présidentielle seront forcés de se ranger du côté
de la Géorgie, la seule « démocratie » de la région et que de même,
l'Europe suivra le pas. A savoir s'il s'agit d'une idée de Saakachvili ? Mystère.
Egalement,
et non des moindres, un autre problème oppose La Russie et la Géorgie. La Géorgie
est traversée par l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan construit par les Occidentaux
pour acheminer vers l'Europe les hydrocarbures de la Caspienne, ce qui échapperait
au contrôle de la Russie...
Considérant
que le secrétaire de Conseil national de sécurité géorgien, Alexandre Lomaïa, a
déclaré que la Géorgie pourrait demander une aide militaire à la communauté
internationale, que le nouveau président géorgien Mikhaïl Saakachvili est un
fidèle allié des Etats-Unis, et que la Géorgie est actuellement encerclée par
les forces Russes, une internationalisation du conflit n'est pas impossible et
cette guerre peut mettre demain face à face les Etats-Unis (et l'Europe) contre
la Russie.
A
l'heure de la crise financière et boursière internationale, des émeutes de la
faim dans de nombreux pays de notre petite planète et de surcroît, de la
dégénérescence avancée de toutes les élites planétaires et de leurs vassaux, et
cætera, il semblerait bien qu'il ne nous manquait plus que çà à ce jour pour
avancer à grand pas dans le processus de décomposition déjà bien avancé.
Nous
allons donc désormais tous voir comment nos supers héros vont se dépatouiller
du bourbier caucasien, mais malheureusement, encore une fois, toute cette
mascarade impérialiste et de désirs de suprématie prouve bien que c'est le singe qui descend de l'homme, et non l'inverse.
Source :
http://fr.globalvoicesonline.org/2008/08/09/668/
http://fr.globalvoicesonline.org/2008/08/09/664/
http://francuskinachi.blogspot.com/2008/01/elections-en-gorgie-la-dmocratie.html
http://fr.rian.ru/russia/20080809/115925570.html
http://fr.rian.ru/russia/20080809/115924676.html
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/07/05/georgie-pourquoi-la-guerre-menace.html
http://fr.novopress.info/?p=12518
http://observers.france24.com/fr/content/election_en_georgie_fraude_ou_pas_fraude
http://blog.lefigaro.fr/russie/
novopress / AFP / Reuters / LeMonde / L'express
|